Artiste et commissaire multidisciplinaire basé à North Vancouver, Karl Mata Hipol apporte une perspective riche et nuancée à chacune de ses œuvres. Des œuvres d'archives tissées à l'art public, sa pratique s'ancre à la fois dans l'expérimentation matérielle et dans un récit culturel plus profond. Nous avons rencontré Karl pour discuter de son parcours, de l'évolution de son art et du rôle que jouent le cadrage et la communauté dans sa vie créative.
Comment décririez-vous votre style ou vos thèmes artistiques ?
Karl Hipol : Ma pratique artistique est multidisciplinaire, ancrée dans des méthodologies fondées sur la recherche et s'exprime par la peinture, l'impression d'archives, le tissage, l'installation, la sculpture et l'art public. Fondamentalement, mon travail remet en question et bouleverse l'« invisibilité philippine » ancrée dans l'histoire et les récits culturels canadiens. Cet engagement s'étend à une pratique décoloniale plus large – désapprendre l'oppression intériorisée et révéler les histoires marginalisées cachées dans les archives et les institutions – tout en réimaginant des espaces pour l'identité diasporique, la résilience et la mémoire collective.
Votre travail a-t-il beaucoup évolué depuis votre passage chez Artists for Kids ou Emily Carr ? De quelle manière ?
Karl : Oui, mon travail a considérablement évolué. Mon passage chez Artists for Kids a été formateur : les projets expérimentaux et les exercices de peinture proposés lors des camps ont nourri ma curiosité et mon inspiration, ce qui m’a décidé à poursuivre mes études à l’Université Emily Carr . Au départ, je me concentrais sur le développement de compétences techniques pour produire des œuvres réalistes, mais tout au long de mon parcours à Emily Carr, ma pratique a évolué. Je me suis éloigné de la représentation pour privilégier des œuvres visuellement abstraites, conceptuelles et issues de la recherche. Ce changement m’a permis d’explorer des thèmes plus larges comme l’identité, l’histoire et les récits culturels, à travers des approches interdisciplinaires, plutôt que la seule exécution technique.
Quels sont vos outils et matériaux de prédilection en ce moment ?
Karl : En ce moment, mes outils et matériaux de prédilection sont Liquitex Acryliques Soft Body , gouache , impression numérique sur toile Opus Finest et adhésif PVA Lineco à pH neutre . Ces matériaux sont au cœur de mon processus de création de photographies d'archives tissées, où les images imprimées sont découpées, superposées et entrelacées avec des surfaces peintes pour créer des œuvres hybrides alliant photographie, peinture et techniques inspirées du textile.
Avez-vous une surface ou un support préféré avec lequel travailler ?
Karl : Ma surface de travail préférée est la toile lisse. Comme une grande partie de mon travail repose sur l' impression numérique sur toile Opus Finest , je réutilise souvent les chutes de ces impressions et les intègre à mes œuvres, conférant ainsi à la surface une signification à la fois structurelle et conceptuelle. Pour un support matériel supplémentaire, j'ai constaté que les tablettes de toile Sinoart offrent le poids et la texture les plus proches, ce qui en fait un complément idéal à mes œuvres photographiques tissées.
Quel rôle joue le cadrage dans votre processus créatif ?
Karl : L’encadrement joue un rôle essentiel dans mon processus créatif, notamment grâce à l’utilisation du cadre Opus Luna Shadow . Ce cadre me permet de présenter des œuvres d’art dimensionnelles, multicouches et texturées, complétant ainsi les qualités tissées et archivistiques de ma pratique. Sa flexibilité est essentielle : il peut être utilisé aussi bien pour un montage flottant que pour un montage direct, offrant soit de la profondeur pour un effet suspendu, soit une finition affleurante et sans joint. Cette polyvalence lui permet de façonner la présentation finale et l’impact visuel de mes œuvres.
Pouvez-vous nous expliquer comment vous choisissez le cadre d’une pièce particulière ?
Karl : Lorsque je choisis un cadre, je prends en compte les besoins spécifiques de chaque projet et la façon dont il peut mettre en valeur les qualités matérielles de l’œuvre. Pour mes œuvres tissées, très tactiles et souvent aux formes organiques ou aux bords bruts, le cadre Opus Luna Shadow est mon choix de prédilection. Son effet d’ombre laisse les tissages respirer à l’intérieur du cadre, soulignant leur dimensionnalité tout en préservant l’irrégularité des bords tissés à la main. Cela crée un équilibre entre structure et ouverture, permettant au cadre de fonctionner non seulement comme une présentation, mais aussi comme une extension de l’œuvre elle-même.
Connaissez-vous les erreurs courantes commises par les artistes lors du cadrage, et comment suggéreriez-vous de les éviter ?
Karl : Une erreur courante que je constate est de travailler avec des formats non standard, ce qui peut rendre l’encadrement difficile et coûteux, tant pour les artistes que pour les collectionneurs. Cela ne signifie pas que les artistes doivent limiter leur créativité, mais il est utile d’envisager les options d’encadrement dès le début du processus et de s’adapter aux disponibilités pour faciliter l’exposition et la vente. Un autre problème fréquent est de ne pas savoir quels matériaux utiliser, par exemple quand appliquer des méthodes d’archivage ou si une œuvre doit être placée sous verre. Être attentif à ces choix techniques garantit une bonne conservation et une présentation professionnelle de l’œuvre.
Comment se déroule le processus de soumission ou de participation au programme de location d'œuvres d'art VAG ? Y a-t-il des normes spécifiques d'encadrement ou de présentation ?
Karl : Soumettre une œuvre au programme de location et de vente d'œuvres d'art de la Vancouver Art Gallery est un processus assez simple. Les principales exigences comprennent une biographie de l'artiste, une déclaration, un CV et un inventaire ou une fiche d'index des œuvres listant chaque œuvre avec son titre, sa taille, son support, son prix et une vignette. J'ai trouvé ce dernier document particulièrement utile, non seulement pour la VAG, mais aussi comme outil professionnel à partager avec des collectionneurs potentiels et pour d'autres appels.
Concernant la présentation, le programme ne nécessite que l'installation d'anneaux en D au dos de l'œuvre pour son accrochage. L'encadrement est optionnel et dépend de la nature de l'œuvre. Cependant, il est important de rappeler que ces œuvres sont fréquemment manipulées et déplacées entre différents espaces ; un encadrement durable ou des mesures de protection sont donc fortement recommandés pour minimiser l'usure ou les dommages à long terme.
Comment le fait de travailler chez Opus a-t-il influencé votre regard sur les matériaux ou la communauté artistique ?
Karl : Travailler chez Opus a façonné ma vision des matériaux et mon sens de la communauté artistique. C’est devenu mon laboratoire artistique, mon terrain de jeu et ma deuxième salle de classe, où j’ai non seulement appris à connaître les produits, mais aussi à accepter les erreurs et à nourrir ma curiosité, des leçons qui résonnent aujourd’hui dans mon processus créatif. L’accès à une telle variété de matériaux m’a permis d’expérimenter de nouvelles techniques avec plus d’efficacité et d’assurance. Au-delà de l’aspect technique, Opus m’a aussi montré l’importance de l’engagement communautaire. Participer à des événements comme l’ Opus Outdoor Painting Challenge , dont j’ai eu la chance d’être l’un des lauréats en 2016, m’a permis de comprendre l’importance de se montrer présent, de tisser des liens et de grandir aux côtés d’autres artistes. Cette expérience a été un tournant, elle a noué des liens plus profonds avec la communauté artistique et a façonné l’évolution de ma pratique.
Y a-t-il eu des moments chez Opus qui ont inspiré ou influencé votre propre travail ?
Karl : Oui, il y a eu des moments chez Opus qui ont certainement inspiré et influencé mon propre travail. Le plus précieux a été les interactions et les conversations avec des personnes de tous horizons – collègues artistes, membres de la communauté et collègues –, chacun partageant des points de vue différents qui m'ont souvent marqué longtemps. Au-delà des conseils techniques acquis lors des démonstrations et des ateliers, c'est la sagesse échangée au cours de ces conversations quotidiennes qui a façonné ma propre réflexion sur ma pratique. Entendre comment d'autres abordent les défis, expérimentent les matériaux, ou même parlent de leur rapport à l'art, m'a encouragé à m'ouvrir à l'expérimentation et à réfléchir plus profondément aux récits culturels que j'intègre à mon travail. Ces moments d'apprentissage partagé me rappellent que l'art n'est pas seulement une question de matériaux et de techniques, mais aussi de communauté, de dialogue et d'échange.
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Quelle est la chose que vous auriez aimé savoir plus tôt dans votre parcours artistique ?
Karl : J’aurais aimé savoir plus tôt dans mon parcours artistique que les erreurs, l’incertitude et les rejets ne sont pas des revers, mais des éléments essentiels du processus. Au début, je ressentais la pression de produire un travail soigné et « correct », quelque chose qui me vaudrait d’excellentes notes à l’université ou plairait à mes professeurs. Cet état d’esprit limitait souvent ma volonté d’expérimenter et de prendre des risques. Avec le temps, j’ai compris que la curiosité, les essais et les erreurs, et même l’échec, mènent aux découvertes les plus significatives de ma pratique. Accueillir l’inconnu – et accepter le rejet comme un élément de développement – m’a permis de travailler avec plus de liberté et de confiance, tant sur le plan technique que conceptuel.
Des conseils pour les artistes qui concilient leur travail quotidien avec une pratique créative ?
Karl : Concilier travail et pratique créative peut être difficile, mais il est aussi possible de transformer cette tension en élan. Mon conseil est de préserver votre temps créatif comme tout autre engagement, que ce soit en consacrant quelques soirées par semaine ou des week-ends à l'atelier. Les petits efforts réguliers s'accumulent avec le temps.
Il est également important de laisser votre travail quotidien influencer votre art, plutôt que de les considérer comme des domaines complètement distincts. Les compétences, les interactions et même les défis que vous rencontrez au quotidien peuvent susciter des idées et alimenter votre pratique de manière inattendue.
Enfin, n'oubliez pas que l'équilibre ne signifie pas toujours un temps égal ; il s'agit de maintenir les deux sans s'épuiser. Accordez-vous des pauses lorsque cela est nécessaire et concentrez-vous sur la qualité et l'intention plutôt que sur le volume. Une pratique créative dure toute la vie, et la cultiver régulièrement est plus précieux que de se dépasser sans cesse à court terme.
Le parcours de Karl Hipol nous rappelle que l'art est bien plus que ce qui se passe en atelier : il est le fruit du risque, de l'expérimentation et de la communauté. Ses réflexions sur le cadrage, les matériaux et l'équilibre offrent des enseignements pratiques aux artistes à chaque étape, tandis que son engagement pour l'identité et le dialogue ouvre une réflexion plus large sur ce que signifie créer dans le monde d'aujourd'hui.
Regardez l’entrevue vidéo complète avec Karl Hipol sur notre chaîne YouTube et découvrez d’autres histoires d’artistes qui façonnent l’avenir de la créativité canadienne.
Vous pouvez voir plus de travail de Karl sur son site Web : karlhipolarts.com/ , et suivre ses progrès et ses mises à jour sur Instagram @karlhipolarts et Facebook @karlhipol